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"De grands esprits ont exprimé la mélancolie qui a saisi l'Occident à partir du XIXe siècle. Schopenhauer bien sûr, Leopardi, Senancour qui baptisa son vague à l'âme "le mal du siècle", ou Kierkegaard qui se fit connaître avec son Traité du désespoir. Adolescent, en proie au spleen, je fus profondément marqué par ces génies de malheur. Le temps passant, j'ai peu à peu pris mes distances avec ces œuvres au noir. Moins avec la beauté fatale qu'on peut leur trouver encore qu'avec la conception de la vie qu'elles prônent. D'une part, j'ai changé et me suis délivré de ces figures tutélaires. D'autre part, ce sont les temps qui ont changé au début du XXe siècle, quand sont nés les meilleurs héritiers de cette veine sombre, et Cioran le premier d'entre eux."