
Heidegger n'a cessé de s'interroger, depuis ses premiers travaux, qui
sont ceux d'un logicien formé à l'école husserlienne, jusqu'à ses
dernières méditations sur le langage, sur la genèse de la logique. C'est
ce qui l'a conduit à une mise en question fondamentale de la
domination de la raison dans la pensée occidentale. Ce geste
déconstructeur ne doit cependant pas être confondu avec un
irrationalisme, ni même avec un antirationalisme. Comme il le
souligne dans la Lettre sur l'humanisme : «Penser contre la "logique"
ne signifie pas rompre une lance en faveur de l'illogique, mais
seulement : revenir dans sa réflexion au logos et à son essence telle
qu'elle apparaît au premier âge de la pensée, c'est-à-dire se mettre en
peine de préparer une telle ré-flexion». Ce à quoi il veut s'opposer, en
s'interrogeant sur ce que c'est que penser et sur ce qui appelle à penser,
c'est au caractère exclusif de la raison et à sa prétention à constituer
toute l'essence de l'homme. C'est dans l'horizon de cette interrogation
qu'il a été amené à opposer la pensée calculante à la pensée méditante,
et à proposer, comme figure de ce qui est encore à venir, une nouvelle
définition de la pensée, du Denken, non plus comprise comme pouvoir
conceptuel, puissance de captation, et arraisonnement de l'étant, mais
au contraire comme Danken, comme reconnaissance et gratitude,
capacité d'accueil et de recueil de ce qui vient.
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