Et si le sacrifice d'Abraham (Genèse 22) n'était pas le récit
tragique d'un infanticide évité de justesse ? Avec exigence et
érudition, Matthieu Rouillé d'Orfeuil rapproche ce texte des cultes
archaïques (Eleusis) et des tragédies antiques (le Philoctète de Sophocle),
pour y découvrir d'autres clefs de lecture. Gn 22 présente alors des
similitudes convaincantes avec les rites initiatiques de l'Antiquité,
permettant une interprétation non-tragique du texte.
De même, lire ensemble les récits de la conversion de saint Paul,
les Bacchantes d'Euripide, l'Apologie de Socrate et les Métamorphoses
d'Apulée permet de discerner, dans l'enchevêtrement des sources et
des allusions, une intention claire de l'auteur biblique. La révélation
du Christ apporte à Paul la fin de la tragédie.
Pourtant, désamorcer dans le coeur de l'homme cet obscur attachement
au sentiment tragique s'avère une oeuvre délicate. Au fil
des pages, Matthieu Rouillé d'Orfeuil scrute les textes et les rites,
débusquant les ombres de la psychologie humaine, recherchant la
liturgie qui peut délivrer de la peur.